樹海に咲ク愛 ~ Jukai ni saku ai
L'amour qui s'épanouit dans l'océan d'arbres
Prologue_______
La pièce était plongée dans une inquiétante pénombre qu'éclairait de sa vacillante lumière, une simple lampe à l'ampoule peu puissante. Le sol était jonché d'affaires de toutes sortes, vêtements que l'on avait laissé là après les avoir porté, crayons et stylos tombés du bureau qui occupait une partie de la chambre, beaucoup de feuilles volantes recouvertes de notes tracées rapidement. Au pied du lit, soigneusement appuyé contre le mur, un violon. L'instrument était d'une grande beauté : des côtés du corps noir en érable vernis et parcourut de fines arabesques arc-en-ciel s'élevait de petites ailes taillées dans ce même bois, d'une blancheur d'albâtre. Les ouïes en F, tout comme le chevalet étaient d'un camaïeux de gris mêlé à quelques touches blanche qui semblaient surgir de l'intérieur de la caisse de résonance même. Posé à côté, un archet taillé dans le même matériau exhibait fièrement l'ailette qui ornait son bouton.
Depuis la fin du monde, aux abysses du profond océan
Comme un bâteau naufragé qui se fend et se fissure quand il coule
Le temps ne s'écoule plus
Mes sentiments ne peuvent être relevés
Sur le lit, un jeune homme. Ses genoux étaient ramenés contre son torse qu'il caressait de son menton. Une de ses mains l'enveloppait, comme pour se protéger du monde tandis que l'autre renfermée en un petit poing agrippait fermement la couverture de coton, comme s'il ne pouvait se raccrocher à rien d'autre. On pouvait entendre la musique s'échapper des écouteurs placés dans ses oreilles. C'était d'ailleurs le seul son qui emplissait la pièce.
「 Balivernes! 」 Le mot se frayait brutalement un chemin dans son esprit, semant ses graines ici et là. Sa main se resserra tellement que ses jointures en devinrent blanches. Ses ongles pénétrèrent légèrement sa peau. Il renifla, inspira profondément puis ferma les paupières. L'envie de pleurer lui tiraillait le ventre, mais il devait résister. Il serait fort, il se l'était promis.
「 Mensonges ! 」 Il avait l'impression que tout s'était effondré autour de lui, et lui avec. Douleur intense qui ne cessait de le taquiner, de le transpercer pour le pénétrer au plus profond de son être. Mourir. Qu'
il meurt ! Qu'
il aille au diable ! Et lui avec. Il rouvrit les yeux, qui se posèrent sur son violon.
« - Aki... » murmura-t-il doucement. Son corps fut pris d'un spasme lorsque son esprit
l'évoqua. Il toussa et s'écroula sur le flanc droit, sans pour autant changer de position. Une goutte amère coula le long de sa joue trop pâle. La première. Ses dents se serrèrent sous les efforts qu'il déployait pour ne pas s'effondrer complètement. Un rictus, sourire déformé par la tristesse se forma sur ses lèvres.
「 De toute façon, il n'y a personne pour me voir... 」 Il n'y avait jamais personne.
Son regard se posa sur un papier froissé à force d'avoir été tenu, et déchiré à plusieurs endroits. L'encre qui le recouvrait était délavée et effacée par endroit. L'écriture fluide, tout en rondeur était à peine lisible, mais il n'en avait plu besoin : il connaissait le contenu de la lettre par c½ur. Ses doigts l'effleurèrent et en arrachèrent encore un bout tandis que de petites gouttelettes s'écrasaient sur le sol. Lorsqu'il s'en aperçut, il trembla. Il porta une main devant sa bouche, essayant en vain d'étouffer les sanglots qui ne demandaient qu'à s'échapper du fond de sa gorge, du plus profond de lui-même. Faible. Il se maudit de l'être.
De ma main gauche, il se répand
Le peu de chaleur qu'il me restait encore
« - Je ne suis qu'un idiot... » cria-t-il avec colère, d'une voix tremblante, teintée de désespoir. Il leva son poing au dessus de sa tête puis l'agita et l'abaissa dans le vide frappant un être que lui seul voyait. Il heurta violemment le cadre de bois du lit. Quelques gouttes rouges éclaboussèrent la missive, la rendant un peu moins lisible. Il les regarda s'écouler avec une étrange fascination : le rouge était la première et seule couleur qu'il voyait dans le cocon noir et blanc que son esprit avait forgé tout autour de lui. Hypnotisé par ce spectacle envoûtant, il ne prenait aucune attention à la blessure. Elle ne faisait pas mal de toute façon. Comparé à la cinglante et intense douleur qui le rongeait de l'intérieur, elle ne valait rien. Aucune importance. Ses nerfs semblaient s'être engourdis pour qu'elle puisse laisser toute sa puissance imploser. Le corps ne comptait plus.
Personne n'avait vu mes larmes auparavant, jusqu'à maintenant
parce que je suis submergé par mes souvenirs
「 Ce n'était qu'un jeu. Ce n'est pas comme si c'était vraiment réel. 」 La phrase, comme un écho, revenait sans cesse dans son esprit. Ritournelle vengeresse. Il secoua la tête de gauche à droite, niant la rudesse de ces mots qui le blessaient, la rudesse de
ses mots. Il ramena sa main contre sa poitrine, laissant une fine traînée de sang sur la blancheur auparavant immaculée des draps, et la posa contre son coeur. Il battait à toute allure. Les derniers mois défilèrent à toute vitesse dans son esprit. Leur rencontre, leur premier baiser, les premiers contacts, la première fois, la lettre. Alors, en se répétant encore et encore les mots, il comprit. Et, les larmes jaillirent de ses yeux, inondant tout sur son passage. Il n'existait pas d'expression assez forte pour décrire ce qui le traversa à ce moment.
「 Nous ne nous sommes jamais dis « Je t'aime. » une seule fois. 」
Il ne ressentait plus qu'un profond spleen. Une noire mélancolie dénuée de la tendre douceur de la tristesse. Un abime qui n'aurait pas de fond empli d'une affliction à l'état pur. Un concentré de chagrin, de peine, de douleur, de culpabilité. Et il était tombé dedans. Et il s'y noyait. Il les sentait le pénétrer tous, se frayant un chemin jusqu'au plus profond de son lui-même. Son âme, dans son intimité lui semblait comme violée par toutes ces émotions. Ça faisait horriblement mal. Aussi bien mentalement que physiquement. La pression explosa en des millions d'épines qui se plantèrent partout en lui. Il en cria comme il ne l'avait jamais fais. Un hurlement strident couvrit de son ampleur la musique qui s'échappait de ses écouteur. Ses mains se crispèrent sur la couverture, l'agrippant avec force tandis que son corps se contractait pour être ensuite secoué de spasmes violents. Ses dents claquait tellement qu'il s'en mordit la langue. Le goût du sang emplit sa bouche. Une quinte de toux lui en fit cracher une partie. Haletant, respirant de manière saccadée à cause de ses soubresauts, de ses pleurs et sanglots et de son nez qui coulait, il avalait difficilement les plus grandes goulées d'air possible. Il ferma les yeux.
「 Puisque tu n'es plus là. 」 Prier pour que la crise se calme et passe vite. C'était la seule chose qu'il pouvait faire. Faible. Impuissant. Il l'était. Encore une fois.
Au moins juste un mot...
「 Mais moi imbécile ! Moi... moi, je t'aimais vraiment ! 」
Je veux te voir à nouveau.